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  <title>Blog d'Emmanuel Wald</title>
  <link>https://wald.ovh/~Emmanuel/</link>
  <description>Flux RSS du blog</description>
  <language>fr</language>
  <lastBuildDate>Tue, 07 Jul 2026 14:01:49 +0000</lastBuildDate>
  
    <item>
      <title>Un flux RSS pour ce blog… chouette, mais pourquoi ?</title>
      <link>https://wald.ovh/~Emmanuel/2026-07-07-flux-rss.html</link>
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      <pubDate>Tue, 07 Jul 2026 00:00:00 +0000</pubDate>
      <description><![CDATA[<h1>Un flux RSS pour ce blog… chouette, mais pourquoi&nbsp;?</h1>
<p class="infopage">07/07/2026 | Catégories&nbsp;: <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/actus.html">Actualités du site</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/informatique.html">Informatique</a></p>
<p>Ce blog n’est <em>vraiment</em> pas un blog très actif. En plus de deux ans d’existence, seulement deux «&nbsp;vrais&nbsp;» articles, c’est peu&nbsp;! Mais comme l’écrivait un poète dément, «&nbsp;<a href="https://www.hplovecraft.com/writings/texts/fiction/nc.aspx" lang="en">That is not dead, which can eternal lie</a>&nbsp;»… eh bien, ce blog n’est pas mort&nbsp;!</p>
<p>J'ai toute une série de mauvaises excuses, et une bonne qui n’a enfin plus lieu d’être. Je voulais absolument, avant d’ajouter trop de contenu, proposer un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/RSS">flux&nbsp;RSS</a>, mais comme je tape tout ce site sans utiliser aucun <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Système_de_gestion_de_contenu">SGC</a> (c’est pour ça qu’il est moche), même pas <a href="https://gohugo.io">Hugo</a> qui a pourtant vraiment l’air sympa, il a fallu que je trouve une solution&nbsp;; la lecture, il y a quelques jours, d’un <a href="https://thefoolwithapen.com/posts/2026/0701-13h17/">article du blog de Libb</a> m’a donné la motivation pour m’y replonger… et voilà, si un jour ce blog devient suffisamment intéressant pour être suivi par quelqu’un·e, iel pourra le faire en RSS. Et la solution était finalement assez simple.</p>
<h2>Mais, au fait, pourquoi&nbsp;?</h2>
<p>On pourrait quand même légitimement se demander pourquoi. Pourquoi utiliser encore, en 2026, ce format sorti en 1999, dont la dernière version importante est sortie en 2002, et la dernière version <em>tout court</em> en 2009. À l’heure des réseaux sociaux et des newsletters il y a bien des moyens plus modernes de rester connecté·e à un site qu’on apprécie.</p>
<p>Bon, c’est un peu toujours la même histoire avec moi&nbsp;: si quelque&nbsp;chose n’est pas cassé, faut pas le changer. Je crois très fort à la puissance, l’importance et l’avenir de ce que Terry&nbsp;Godier appelle l’«&nbsp;<a href="https://www.terrygodier.com/the-boring-internet">internet ennuyeux</a>&nbsp;», c'est-à-dire l’ensemble des protocoles dont personne n’a entendu parler à part quelques geeks, qui n’intéressent personne, qui sont loin d’être parfaits, qui ont même des grosses limitations, mais qui portent malgré tout toute l’infrastructure du web parce qu’ils sont complètement ouverts et libres<a href="#1" id="r1"><sup>1</sup></a>. Comme ces protocoles sont ouverts <em>et</em> un peu mal fichus, des entreprises se sont greffées dessus comme des sangsues et nous vendent une facilité d’utilisation trompeuse, en nous enfermant au passage dans leur écosystème propre. Elles ne créent rien d’essentiel, elles font juste du rebranding mâtiné d’un peu d’ergonomie. Gmail par exemple n’a rien inventé, et utilise des technologies (POP, IMAP, SMTP, HTTP,&nbsp;…) dont la création précède la fondation même de Google, et ramasse tout le fric en revendant nos données personnelles. C’est un parasite. Et un parasite agressif, qui a tellement affaibli les protocoles sous-jacents qu’aujourd’hui il est virtuellement impossible de se passer d’une grosse société pour envoyer des courriels<a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>.</p>
<p>Utiliser le RSS en 2026 pour s’abonner à des sites, c’est donc pour moi un acte de résistance contre un web accaparé par la Silicon&nbsp;Valley. Un peu comme quand je vais chercher mes patates dans la ferme d’à côté plutôt que dans un hypermarché, je coupe les intermédiaires, ce qui est finalement moins cher et meilleur, mais demande un peu plus d’efforts. Cependant, dans le cas particulier du RSS, la chose est aussi tout simplement plus efficace et agréable&nbsp;: <strong>ça ne demande même pas plus d’efforts</strong>&nbsp;! Sur les réseaux sociaux, même ceux comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mastodon_(logiciel)">Mastodon</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lemmy_(logiciel)">Lemmy</a>/<a href="https://piefed.social/">Piefed</a> qui n’ont pas d’algorithme, ce que je vois dépend de ce que d’autres veulent mettre en avant, ce que d’autres que moi discutent. Quant aux newsletters, c’est un problème plus personnel, mais j’ai déjà assez de mal à garder mes boîtes courriel en ordre pour ne pas ajouter tout ce que je lis (et tous les sites n’en proposent pas). Non, mon lecteur de flux&nbsp;RSS (j’utilise essentiellement <a href="https://f-droid.org/fr/packages/com.capyreader.app/" lang="en">Capy&nbsp;Reader</a>, mais il y en a plein d’autres) me propose chaque jour des choses que moi j’ai choisies (quand quelque chose ne m’intéresse pas, j’ai juste à marquer comme lu et il disparait) au moment où je l’ai choisi. Les réseaux sociaux ont toujours leur utilité, celle de découvrir de nouveaux sites, de nouveaux articles et d’en discuter. Mais pour suivre un·e créateur·rice, il n’y a rien de mieux que le RSS.</p>
<p>Alors forcément, vu mon usage extensif du RSS, je vivais un peu mal de ne pas en proposer. Et maintenant que je le fais, j’ai une excuse de moins pour ne pas publier ce que je voulais écrire à propos d’emacs (que j’utilise à présent pour créer mes PDF avec <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/2024-12-07-groff.html">groff</a> et, depuis cet article, ce site), de machines à écrire (ma grande passion depuis quelques années, dont je n’ai je crois absolument pas parlé sur ce site), ou de mes dernières lectures. Pour vous abonner à mon flux&nbsp;RSS, il suffit d’utiliser <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/feed.xml">ce fichier</a>.</p>
<hr class="barrenotes">
<p id="1">1&nbsp;: J’ai aussi lu récemment <a href="https://www.anildash.com/2026/01/09/how-markdown-took-over-the-world/">un article sur l’histoire du Markdown</a>, et c’est le même processus&nbsp;: un système très imparfait (l’article minimise quand même pas mal les défauts du Markdown) qui a été publié librement par des passionnés et qui est aujourd’hui utilisé partout.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p id="2">2&nbsp;: En tout cas, de manière fiable&nbsp;; on peut tout à fait auto-héberger ses courriels, c’est juste que si Gmail décide que votre adresse n’est pas fiable, vous êtes coupé·e de la plupart correspondant·es potentiel·les. Si vous voulez malgré tout essayer, il y a un bon tutoriel (en anglais)&nbsp;: <em lang="en"><a href="https://workaround.org/">The ISPmail guide</a></em>. C’est aussi bien entendu possible d’utiliser un «&nbsp;petit&nbsp;» fournisseur de courriel, mais c’est quand même un risque quand je vois que mon adresse professionnelle, pourtant gérée par Microsoft, connait pas mal de ratés.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h1>Un flux RSS pour ce blog… chouette, mais pourquoi&nbsp;?</h1>
<p class="infopage">07/07/2026 | Catégories&nbsp;: <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/actus.html">Actualités du site</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/informatique.html">Informatique</a></p>
<p>Ce blog n’est <em>vraiment</em> pas un blog très actif. En plus de deux ans d’existence, seulement deux «&nbsp;vrais&nbsp;» articles, c’est peu&nbsp;! Mais comme l’écrivait un poète dément, «&nbsp;<a href="https://www.hplovecraft.com/writings/texts/fiction/nc.aspx" lang="en">That is not dead, which can eternal lie</a>&nbsp;»… eh bien, ce blog n’est pas mort&nbsp;!</p>
<p>J'ai toute une série de mauvaises excuses, et une bonne qui n’a enfin plus lieu d’être. Je voulais absolument, avant d’ajouter trop de contenu, proposer un <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/RSS">flux&nbsp;RSS</a>, mais comme je tape tout ce site sans utiliser aucun <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Système_de_gestion_de_contenu">SGC</a> (c’est pour ça qu’il est moche), même pas <a href="https://gohugo.io">Hugo</a> qui a pourtant vraiment l’air sympa, il a fallu que je trouve une solution&nbsp;; la lecture, il y a quelques jours, d’un <a href="https://thefoolwithapen.com/posts/2026/0701-13h17/">article du blog de Libb</a> m’a donné la motivation pour m’y replonger… et voilà, si un jour ce blog devient suffisamment intéressant pour être suivi par quelqu’un·e, iel pourra le faire en RSS. Et la solution était finalement assez simple.</p>
<h2>Mais, au fait, pourquoi&nbsp;?</h2>
<p>On pourrait quand même légitimement se demander pourquoi. Pourquoi utiliser encore, en 2026, ce format sorti en 1999, dont la dernière version importante est sortie en 2002, et la dernière version <em>tout court</em> en 2009. À l’heure des réseaux sociaux et des newsletters il y a bien des moyens plus modernes de rester connecté·e à un site qu’on apprécie.</p>
<p>Bon, c’est un peu toujours la même histoire avec moi&nbsp;: si quelque&nbsp;chose n’est pas cassé, faut pas le changer. Je crois très fort à la puissance, l’importance et l’avenir de ce que Terry&nbsp;Godier appelle l’«&nbsp;<a href="https://www.terrygodier.com/the-boring-internet">internet ennuyeux</a>&nbsp;», c'est-à-dire l’ensemble des protocoles dont personne n’a entendu parler à part quelques geeks, qui n’intéressent personne, qui sont loin d’être parfaits, qui ont même des grosses limitations, mais qui portent malgré tout toute l’infrastructure du web parce qu’ils sont complètement ouverts et libres<a href="#1" id="r1"><sup>1</sup></a>. Comme ces protocoles sont ouverts <em>et</em> un peu mal fichus, des entreprises se sont greffées dessus comme des sangsues et nous vendent une facilité d’utilisation trompeuse, en nous enfermant au passage dans leur écosystème propre. Elles ne créent rien d’essentiel, elles font juste du rebranding mâtiné d’un peu d’ergonomie. Gmail par exemple n’a rien inventé, et utilise des technologies (POP, IMAP, SMTP, HTTP,&nbsp;…) dont la création précède la fondation même de Google, et ramasse tout le fric en revendant nos données personnelles. C’est un parasite. Et un parasite agressif, qui a tellement affaibli les protocoles sous-jacents qu’aujourd’hui il est virtuellement impossible de se passer d’une grosse société pour envoyer des courriels<a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>.</p>
<p>Utiliser le RSS en 2026 pour s’abonner à des sites, c’est donc pour moi un acte de résistance contre un web accaparé par la Silicon&nbsp;Valley. Un peu comme quand je vais chercher mes patates dans la ferme d’à côté plutôt que dans un hypermarché, je coupe les intermédiaires, ce qui est finalement moins cher et meilleur, mais demande un peu plus d’efforts. Cependant, dans le cas particulier du RSS, la chose est aussi tout simplement plus efficace et agréable&nbsp;: <strong>ça ne demande même pas plus d’efforts</strong>&nbsp;! Sur les réseaux sociaux, même ceux comme <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Mastodon_(logiciel)">Mastodon</a> ou <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Lemmy_(logiciel)">Lemmy</a>/<a href="https://piefed.social/">Piefed</a> qui n’ont pas d’algorithme, ce que je vois dépend de ce que d’autres veulent mettre en avant, ce que d’autres que moi discutent. Quant aux newsletters, c’est un problème plus personnel, mais j’ai déjà assez de mal à garder mes boîtes courriel en ordre pour ne pas ajouter tout ce que je lis (et tous les sites n’en proposent pas). Non, mon lecteur de flux&nbsp;RSS (j’utilise essentiellement <a href="https://f-droid.org/fr/packages/com.capyreader.app/" lang="en">Capy&nbsp;Reader</a>, mais il y en a plein d’autres) me propose chaque jour des choses que moi j’ai choisies (quand quelque chose ne m’intéresse pas, j’ai juste à marquer comme lu et il disparait) au moment où je l’ai choisi. Les réseaux sociaux ont toujours leur utilité, celle de découvrir de nouveaux sites, de nouveaux articles et d’en discuter. Mais pour suivre un·e créateur·rice, il n’y a rien de mieux que le RSS.</p>
<p>Alors forcément, vu mon usage extensif du RSS, je vivais un peu mal de ne pas en proposer. Et maintenant que je le fais, j’ai une excuse de moins pour ne pas publier ce que je voulais écrire à propos d’emacs (que j’utilise à présent pour créer mes PDF avec <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/2024-12-07-groff.html">groff</a> et, depuis cet article, ce site), de machines à écrire (ma grande passion depuis quelques années, dont je n’ai je crois absolument pas parlé sur ce site), ou de mes dernières lectures. Pour vous abonner à mon flux&nbsp;RSS, il suffit d’utiliser <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/feed.xml">ce fichier</a>.</p>
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<p id="1">1&nbsp;: J’ai aussi lu récemment <a href="https://www.anildash.com/2026/01/09/how-markdown-took-over-the-world/">un article sur l’histoire du Markdown</a>, et c’est le même processus&nbsp;: un système très imparfait (l’article minimise quand même pas mal les défauts du Markdown) qui a été publié librement par des passionnés et qui est aujourd’hui utilisé partout.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p id="2">2&nbsp;: En tout cas, de manière fiable&nbsp;; on peut tout à fait auto-héberger ses courriels, c’est juste que si Gmail décide que votre adresse n’est pas fiable, vous êtes coupé·e de la plupart correspondant·es potentiel·les. Si vous voulez malgré tout essayer, il y a un bon tutoriel (en anglais)&nbsp;: <em lang="en"><a href="https://workaround.org/">The ISPmail guide</a></em>. C’est aussi bien entendu possible d’utiliser un «&nbsp;petit&nbsp;» fournisseur de courriel, mais c’est quand même un risque quand je vois que mon adresse professionnelle, pourtant gérée par Microsoft, connait pas mal de ratés.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Sensawunda, mais pas seulement ! Sur &lt;em&gt;La Maison des soleils&lt;/em&gt; d’Alastair Reynolds</title>
      <link>https://wald.ovh/~Emmanuel/2025-02-05-maison-soleils.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://wald.ovh/~Emmanuel/2025-02-05-maison-soleils.html</guid>
      <pubDate>Wed, 05 Feb 2025 00:00:00 +0000</pubDate>
      <description><![CDATA[<h1>Sensawunda, mais pas seulement&nbsp;! Sur <em>La Maison des soleils</em>, d’Alastair Reynolds</h1>
<p class="infopage">05/02/2025 | Catégories&nbsp; : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/sf.html">SF</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/livres.html">Livres</a></p>
<p>Il existe, dit-on souvent, deux grandes «&nbsp;écoles&nbsp;» en science-fiction. La <em lang="en"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hard_science-fiction">hard-SF</a></em>, qui cherche à respecter autant que possible l’état des connaissances scientifiques, et la <em lang="en"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soft_science-fiction">soft-SF</a></em>, qui met l’aspect «&nbsp;anticipation scientifique&nbsp;» au second plan, et cherche donc à raconter une histoire plausible dans un univers qui ne l’est pas (un peu à la manière de la <em lang="en">fantasy</em>, mais où la magie est remplacée par la technologie)<a href="#1" id="r1"><sup>1</sup></a>. Pour ne donner qu’un exemple, tout porte à penser aujourd’hui que dépasser la vitesse de la lumière est impossible&nbsp;; un roman de <em lang="en">hard-SF</em> devra donc se contenter de voyages à vitesse infraluminique, quand la <em lang="en">soft-SF</em> pourra sans problème parler de vitesse supraluminique. Et si un auteur ou une autrice de <em lang="en">hard-SF</em> utilise le voyage supraluminique, il faudra qu’iel trouve un moyen de le justifier plausiblement scientifiquement.</p>
<p>Je ne hiérarchise pas ces deux genres, et les apprécie autant. Je suis un grand fan de Star&nbsp;Trek, qui a érigé le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Technobabillage">technobabillage</a> en forme d’art (donc de la SF aussi <em lang="en">soft</em> que possible) et un de mes livres préférés et <em>Tau zéro</em> de Poul&nbsp;Anderson, livre si <em lang="en">hard</em> qu’une constante physique —&nbsp;la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_de_temps">constante de temps</a>, nommée τ (tau)&nbsp;— y est presque un personnage du livre. J’aime aussi les livres qui brouillent les pistes, comme <em>Dune</em> de Frank&nbsp;Hebert. Pour moi, l’important ce sont les émotions et les réflexions qui m’«&nbsp;arrivent&nbsp;» quand je lis un livre ou visionne un film/une série, et moins la <em>manière</em> utilisée pour ce faire.</p>
<p>Ce que je vais écrire ensuite n’est donc pas une critique de la <em lang="en">soft-SF</em>. Les deux genres sont différents, et je les apprécie pour des raisons différentes.</p>
<p>Il faut cependant tout de suite noter que le «&nbsp;réalisme&nbsp;» n’est pas une de ces raisons. Car que l’on ne s’y trompe pas, la <em lang="en">hard-SF</em> n’est en fait pas plus réaliste que sa version <em lang="en">soft</em>. Il faudrait être sacrément orgueilleux·se (ou naïf·ve, ou les deux) pour penser que le consensus scientifique du jour est définitif. Je ne verse pas ici dans l'anti-science ou dans l'anti-intellectualisme&nbsp;; mais l’humanité ne fait que commencer sa recherche, et si je suis convaincu que la méthode scientifique est une bonne méthode pour avancer dans cette recherche, le fait est que cette méthode a besoin de données sur lesquelles s’appliquer, or ces données évoluent au fur et à mesure que la recherche progresse. Qui sait si demain, une donnée fondamentale ne sera pas découverte qui rendra les vitesses supraluminiques possibles&nbsp;? C’est peu probable, mais pas impossible. Il suffit de comparer la <em lang="en">hard-SF</em> d’il y a 50&nbsp;ans à celle d’aujourd’hui pour voir qu’elle témoigne plus de sa propre époque que du futur.</p>
<p>Non, pour moi, la <em lang="en">hard-SF</em>, c’est un peu comme l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oulipo">Oulipo</a>, ce groupe littéraire qui cherche à atteindre des sommets créatifs non pas en se libérant des contraintes, mais au contraire en s’en imposant. L’exemple sans doute le plus connu est <em>La Disparition</em> de Georges&nbsp;Perec (1969), livre écrit entièrement sans la lettre la plus utilisée en français (la lettre&nbsp;«&nbsp;e&nbsp;»)&nbsp;; cette contrainte, loin de représenter un <em>empêchement</em>, oblige Perec à trouver des solutions ingénieuses et esthétiques pour écrire ce qu’il veut écrire, ce qui finalement ne réduit pas sa créativité, mais l’excite<a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>.</p>
<p>La science-fiction dans son ensemble se caractérise par sa recherche du <em lang="en">sense of wonder</em>, ce sentiment d’émerveillement causé par la confrontation à l’infinité des possibles d’un univers lui-même infini (comme pour la différence <em lang="en">hard/soft-SF</em> cette définition est réductrice mais suffisante pour notre propos). Réussir à provoquer ce <em lang="en">sense of wonder</em> sans prendre de raccourci est un exercice qui rend ce sentiment encore plus puissant, en tout cas chez moi.</p>
<figure style="width:33%;margin-left:1em;float:right;padding:0em;font-style:italic;text-align:center;">
	<img src="https://wald.ovh/~Emmanuel/maison_soleils.jpg" style="width:100%;" alt="La couverture du livre, représentant deux formes robotiques (une masculine et une féminine assez sexualisée) sur un sol désertique regardant une machinerie sous une planète et sa lune.">
	<figcaption style="font-size:smaller;">
		La couverture de <em style="font-style:normal;">La Maison des soleils</em>. Je ne suis pas un grand fan de l’illustration, mais ça ne regarde que moi.
	</figcaption>
</figure>
<p>Dans son dernier roman traduit en français<a href="#3" id="r3"><sup>3</sup></a>, <em>La Maison des soleils</em> (Le&nbsp;Bélial, 2024), le gallois Alastair&nbsp;Reynolds réussit ce tour de force à merveille. L’ancien astrophysicien de l’Agence spatiale européenne a construit un univers où le voyage interstellaire est possible mais au prix de durées de voyage extrêmement longues. Tout est grandiose dans ce livre, les technologies, la taille des vaisseaux, les échelles de temps, les sociétés, les batailles relativistes, les trahisons. La voie lactée entière est colonisée par l’humanité, mais la plupart des êtres humains reste dans le système où ils sont nés. Par conséquence, un peu à la manière de <em lang="en">The&nbsp;Expanse</em> de James S.A. Corey (mais sur une échelle spatio-temporelle beaucoup plus grande), les êtres humains évoluent différemment. Les seul·es ou presque à voyager entre les étoiles sont les membres des «&nbsp;maisons&nbsp;» ou «&nbsp;lignées&nbsp;», clones de différents individus de l’ère où l’humanité n’avait pas quitté le système solaire, ainsi que les êtres artificiels.</p>
<p>Rien que l’univers construit vaut le détour. Mais ce qui fait la différence entre un roman de science-fiction et un <em>bon</em> roman de science-fiction, c’est à mon sens que se surajoute au <em lang="en">sense of wonder</em> une intrigue et une écriture. Pour cette dernière, n’ayant pas lu ce roman en anglais, je ne peux que juger de la fluidité de la traduction du magistral Pierre&#8209;Paul&nbsp;Durastanti. L’écriture, c’est aussi la construction&nbsp;; celle de <em>La Maison des soleils</em> est tout à fait intéressante. Trois personnages se partagent la première personne à deux époques différentes. Dans le récit qu’on pourrait appeler «&nbsp;principal&nbsp;», Campion et Purslane, deux «&nbsp;frags&nbsp;» (membres) de la Maison des fleurs, clones d’Abigail&nbsp;Gentian, un couple qui s’aime malgré le tabou des relations au sein d’une lignée (deux clones qui ont des relations sexuelles, c’est un peu l’inceste ultime). Et dans un fil secondaire, c’est Abigail&nbsp;Gentian elle-même qui parle, et qui nous fait vivre les dernières années <em>avant</em> la création des Maisons et le début de l’exploration interstellaire. Les deux fils narratifs, bien que séparées par six&nbsp;millions d’années, se répondent, d’une manière qu’il me serait difficile d’expliquer sans divulgâcher le dénouement.</p>
<p>Ce dénouement est important, parce qu’en plus de répondre aux codes de la science-fiction, <em>La Maison des soleils</em> répond aussi à ceux du roman policier, or il n’y a rien de pire que de divulgâcher la fin d’un polar. Ici pas de meurtre (quoique…), mais un grand mystère aux proportions galactiques. Un mystère dont la résolution pose des questions éthiques fondamentales, et dont pourrait bien dépendre la survie de l’humanité.</p>
<p>Car oui, <em>La Maison des soleils</em> est <em>encore</em> un roman aux enjeux colossaux. J’avoue être un peu fatigué par ces romans, films et séries qui n’arrivent pas à être intéressants sans mettre en danger l’humanité entière. C’est un trope particulièrement prégnant (et agaçant) dans la littérature et le cinéma de l’imaginaire,&nbsp;… dont fait bien entendu partie la science-fiction. Un auteur ou une autrice qui parvient à nous faire nous attacher aux personnages n’a pas besoin pour nous attraper de menacer l’univers&nbsp;; menacer les personnages suffit. Prenons <em>Seul sur Mars</em> d’Andy&nbsp;Weir et adapté au cinéma par Ridley&nbsp;Scott avec Matt&nbsp;Damon dans le rôle principal<sup><a href="#4" id="r4">4</a></sup>&nbsp;; Mark&nbsp;Watney est le seul personnage réellement menacé par l’intrigue à l’origine, même si d’autres personnages se mettent en danger pour le sauver, et malgré tout on est tenu en haleine du début à la fin. Quand on s’attache à un personnage, il devient tout un univers.</p>
<p>Cependant, si Reynolds dans <em>La Maison des soleils</em> poursuit cette agaçante tendance, au moins le fait-il bien. On ne prend la mesure de la gravité de la situation que graduellement, et de la situation elle-même encore plus graduellement. Au lieu d’être la raison d’être de l’intrigue, la situation se surajoute à ce que vivent les personnages, auxquels on s’attache rapidement et profondément. Pour ma part, j’ai été plus touché par le destin final de Campion et Purslane (et d’Hespéros, leur ami artificiel) que par celui de la galaxie. Ça permet de passer outre le fait que les grandes thématiques (<em>La Maison des soleils</em> est un roman qui parle de génocide, d’intelligence artificielle, de la place de l’histoire et de la mémoire, de causalité, de responsabilité, de culpabilité et de pardon, de transhumanisme,&nbsp;…) sont trop nombreuses pour être traitées avec beaucoup de profondeur. Mais cela n’est pas gênant, ces «&nbsp;grandes questions&nbsp;» étant à leur juste place dans un roman, comme décor autour des personnages, qui sont le véritable cœur battant de l’intrigue, ce que beaucoup d’auteurs et d’autrices oublient. C’est pour moi la marque d’un grand roman de <em lang="en">hard-SF</em>, à qui l’on demande le beurre, l’argent du beurre et le reste, et qui parvient à les donner.</p>
<p>Un livre à lire absolument.</p>
<p style="text-align:right;">Alastair&nbsp;<span style="font-variant:small-caps;">Reynolds</span>, <em>La Maison des soleils</em>, trad. de l’anglais par&nbsp;Pierre&#8209;Paul&nbsp;Durastanti, Paris&nbsp;: Le&nbsp;Bélial, 2024 (<a href="https://belial.fr/legacy/a/alastair-reynolds/la-maison-des-soleils">site de l’éditeur</a>).</p>
<div class="barrenotes"><hr></div>
<p><a id="1"></a>1&nbsp;: Cette typologie est très critiquable, et la définition que j’en fais est personnelle. Très souvent, on fait la distinction entre une <em lang="en">hard-SF</em> qui se fonderait sur les sciences dites exactes et une <em lang="en">soft-SF</em> qui se fonderait plutôt sur les sciences humaines. Ça me semble une fausse distinction, et d’Asimov à Greg&nbsp;Egan, les sciences humaines ont toujours joué un grand rôle dans la bonne <em lang="en">hard-SF</em>.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p><a id="2"></a>2&nbsp;: Il y a sans doute ici une leçon à tirer sur les rapports entre «&nbsp;loi&nbsp;» et «&nbsp;liberté&nbsp;», qui me fait dire qu’une «&nbsp;bonne&nbsp;» hétéronomie est la condition de l’autonomie, et pas son contraire (et derrière «&nbsp;bonne hétéronomie&nbsp;», j’entends «&nbsp;théonomie&nbsp;», mais ça ça n’engage que moi). Mais on s’éloignerait trop du sujet du jour à aller par là.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>
<p><a id="3"></a>3&nbsp;: Dernier <em>en français</em>&nbsp;; l’édition originale est sortie en&nbsp;2008, et le prolifique gallois a publié une quinzaine de livres après celui-ci en anglais.&nbsp;<a href="#r3">⬏</a></p>
<p><a id="4"></a>4&nbsp;: Je concède ne pas avoir lu le livre, mais avoir beaucoup aimé le film, malgré son apologie un peu lourde d’une anthropologie néolibérale.&nbsp;<a href="#r4">⬏</a></p>]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h1>Sensawunda, mais pas seulement&nbsp;! Sur <em>La Maison des soleils</em>, d’Alastair Reynolds</h1>
<p class="infopage">05/02/2025 | Catégories&nbsp; : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/sf.html">SF</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/livres.html">Livres</a></p>
<p>Il existe, dit-on souvent, deux grandes «&nbsp;écoles&nbsp;» en science-fiction. La <em lang="en"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Hard_science-fiction">hard-SF</a></em>, qui cherche à respecter autant que possible l’état des connaissances scientifiques, et la <em lang="en"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Soft_science-fiction">soft-SF</a></em>, qui met l’aspect «&nbsp;anticipation scientifique&nbsp;» au second plan, et cherche donc à raconter une histoire plausible dans un univers qui ne l’est pas (un peu à la manière de la <em lang="en">fantasy</em>, mais où la magie est remplacée par la technologie)<a href="#1" id="r1"><sup>1</sup></a>. Pour ne donner qu’un exemple, tout porte à penser aujourd’hui que dépasser la vitesse de la lumière est impossible&nbsp;; un roman de <em lang="en">hard-SF</em> devra donc se contenter de voyages à vitesse infraluminique, quand la <em lang="en">soft-SF</em> pourra sans problème parler de vitesse supraluminique. Et si un auteur ou une autrice de <em lang="en">hard-SF</em> utilise le voyage supraluminique, il faudra qu’iel trouve un moyen de le justifier plausiblement scientifiquement.</p>
<p>Je ne hiérarchise pas ces deux genres, et les apprécie autant. Je suis un grand fan de Star&nbsp;Trek, qui a érigé le <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Technobabillage">technobabillage</a> en forme d’art (donc de la SF aussi <em lang="en">soft</em> que possible) et un de mes livres préférés et <em>Tau zéro</em> de Poul&nbsp;Anderson, livre si <em lang="en">hard</em> qu’une constante physique —&nbsp;la <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Constante_de_temps">constante de temps</a>, nommée τ (tau)&nbsp;— y est presque un personnage du livre. J’aime aussi les livres qui brouillent les pistes, comme <em>Dune</em> de Frank&nbsp;Hebert. Pour moi, l’important ce sont les émotions et les réflexions qui m’«&nbsp;arrivent&nbsp;» quand je lis un livre ou visionne un film/une série, et moins la <em>manière</em> utilisée pour ce faire.</p>
<p>Ce que je vais écrire ensuite n’est donc pas une critique de la <em lang="en">soft-SF</em>. Les deux genres sont différents, et je les apprécie pour des raisons différentes.</p>
<p>Il faut cependant tout de suite noter que le «&nbsp;réalisme&nbsp;» n’est pas une de ces raisons. Car que l’on ne s’y trompe pas, la <em lang="en">hard-SF</em> n’est en fait pas plus réaliste que sa version <em lang="en">soft</em>. Il faudrait être sacrément orgueilleux·se (ou naïf·ve, ou les deux) pour penser que le consensus scientifique du jour est définitif. Je ne verse pas ici dans l'anti-science ou dans l'anti-intellectualisme&nbsp;; mais l’humanité ne fait que commencer sa recherche, et si je suis convaincu que la méthode scientifique est une bonne méthode pour avancer dans cette recherche, le fait est que cette méthode a besoin de données sur lesquelles s’appliquer, or ces données évoluent au fur et à mesure que la recherche progresse. Qui sait si demain, une donnée fondamentale ne sera pas découverte qui rendra les vitesses supraluminiques possibles&nbsp;? C’est peu probable, mais pas impossible. Il suffit de comparer la <em lang="en">hard-SF</em> d’il y a 50&nbsp;ans à celle d’aujourd’hui pour voir qu’elle témoigne plus de sa propre époque que du futur.</p>
<p>Non, pour moi, la <em lang="en">hard-SF</em>, c’est un peu comme l’<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Oulipo">Oulipo</a>, ce groupe littéraire qui cherche à atteindre des sommets créatifs non pas en se libérant des contraintes, mais au contraire en s’en imposant. L’exemple sans doute le plus connu est <em>La Disparition</em> de Georges&nbsp;Perec (1969), livre écrit entièrement sans la lettre la plus utilisée en français (la lettre&nbsp;«&nbsp;e&nbsp;»)&nbsp;; cette contrainte, loin de représenter un <em>empêchement</em>, oblige Perec à trouver des solutions ingénieuses et esthétiques pour écrire ce qu’il veut écrire, ce qui finalement ne réduit pas sa créativité, mais l’excite<a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>.</p>
<p>La science-fiction dans son ensemble se caractérise par sa recherche du <em lang="en">sense of wonder</em>, ce sentiment d’émerveillement causé par la confrontation à l’infinité des possibles d’un univers lui-même infini (comme pour la différence <em lang="en">hard/soft-SF</em> cette définition est réductrice mais suffisante pour notre propos). Réussir à provoquer ce <em lang="en">sense of wonder</em> sans prendre de raccourci est un exercice qui rend ce sentiment encore plus puissant, en tout cas chez moi.</p>
<figure style="width:33%;margin-left:1em;float:right;padding:0em;font-style:italic;text-align:center;">
	<img src="https://wald.ovh/~Emmanuel/maison_soleils.jpg" style="width:100%;" alt="La couverture du livre, représentant deux formes robotiques (une masculine et une féminine assez sexualisée) sur un sol désertique regardant une machinerie sous une planète et sa lune.">
	<figcaption style="font-size:smaller;">
		La couverture de <em style="font-style:normal;">La Maison des soleils</em>. Je ne suis pas un grand fan de l’illustration, mais ça ne regarde que moi.
	</figcaption>
</figure>
<p>Dans son dernier roman traduit en français<a href="#3" id="r3"><sup>3</sup></a>, <em>La Maison des soleils</em> (Le&nbsp;Bélial, 2024), le gallois Alastair&nbsp;Reynolds réussit ce tour de force à merveille. L’ancien astrophysicien de l’Agence spatiale européenne a construit un univers où le voyage interstellaire est possible mais au prix de durées de voyage extrêmement longues. Tout est grandiose dans ce livre, les technologies, la taille des vaisseaux, les échelles de temps, les sociétés, les batailles relativistes, les trahisons. La voie lactée entière est colonisée par l’humanité, mais la plupart des êtres humains reste dans le système où ils sont nés. Par conséquence, un peu à la manière de <em lang="en">The&nbsp;Expanse</em> de James S.A. Corey (mais sur une échelle spatio-temporelle beaucoup plus grande), les êtres humains évoluent différemment. Les seul·es ou presque à voyager entre les étoiles sont les membres des «&nbsp;maisons&nbsp;» ou «&nbsp;lignées&nbsp;», clones de différents individus de l’ère où l’humanité n’avait pas quitté le système solaire, ainsi que les êtres artificiels.</p>
<p>Rien que l’univers construit vaut le détour. Mais ce qui fait la différence entre un roman de science-fiction et un <em>bon</em> roman de science-fiction, c’est à mon sens que se surajoute au <em lang="en">sense of wonder</em> une intrigue et une écriture. Pour cette dernière, n’ayant pas lu ce roman en anglais, je ne peux que juger de la fluidité de la traduction du magistral Pierre&#8209;Paul&nbsp;Durastanti. L’écriture, c’est aussi la construction&nbsp;; celle de <em>La Maison des soleils</em> est tout à fait intéressante. Trois personnages se partagent la première personne à deux époques différentes. Dans le récit qu’on pourrait appeler «&nbsp;principal&nbsp;», Campion et Purslane, deux «&nbsp;frags&nbsp;» (membres) de la Maison des fleurs, clones d’Abigail&nbsp;Gentian, un couple qui s’aime malgré le tabou des relations au sein d’une lignée (deux clones qui ont des relations sexuelles, c’est un peu l’inceste ultime). Et dans un fil secondaire, c’est Abigail&nbsp;Gentian elle-même qui parle, et qui nous fait vivre les dernières années <em>avant</em> la création des Maisons et le début de l’exploration interstellaire. Les deux fils narratifs, bien que séparées par six&nbsp;millions d’années, se répondent, d’une manière qu’il me serait difficile d’expliquer sans divulgâcher le dénouement.</p>
<p>Ce dénouement est important, parce qu’en plus de répondre aux codes de la science-fiction, <em>La Maison des soleils</em> répond aussi à ceux du roman policier, or il n’y a rien de pire que de divulgâcher la fin d’un polar. Ici pas de meurtre (quoique…), mais un grand mystère aux proportions galactiques. Un mystère dont la résolution pose des questions éthiques fondamentales, et dont pourrait bien dépendre la survie de l’humanité.</p>
<p>Car oui, <em>La Maison des soleils</em> est <em>encore</em> un roman aux enjeux colossaux. J’avoue être un peu fatigué par ces romans, films et séries qui n’arrivent pas à être intéressants sans mettre en danger l’humanité entière. C’est un trope particulièrement prégnant (et agaçant) dans la littérature et le cinéma de l’imaginaire,&nbsp;… dont fait bien entendu partie la science-fiction. Un auteur ou une autrice qui parvient à nous faire nous attacher aux personnages n’a pas besoin pour nous attraper de menacer l’univers&nbsp;; menacer les personnages suffit. Prenons <em>Seul sur Mars</em> d’Andy&nbsp;Weir et adapté au cinéma par Ridley&nbsp;Scott avec Matt&nbsp;Damon dans le rôle principal<sup><a href="#4" id="r4">4</a></sup>&nbsp;; Mark&nbsp;Watney est le seul personnage réellement menacé par l’intrigue à l’origine, même si d’autres personnages se mettent en danger pour le sauver, et malgré tout on est tenu en haleine du début à la fin. Quand on s’attache à un personnage, il devient tout un univers.</p>
<p>Cependant, si Reynolds dans <em>La Maison des soleils</em> poursuit cette agaçante tendance, au moins le fait-il bien. On ne prend la mesure de la gravité de la situation que graduellement, et de la situation elle-même encore plus graduellement. Au lieu d’être la raison d’être de l’intrigue, la situation se surajoute à ce que vivent les personnages, auxquels on s’attache rapidement et profondément. Pour ma part, j’ai été plus touché par le destin final de Campion et Purslane (et d’Hespéros, leur ami artificiel) que par celui de la galaxie. Ça permet de passer outre le fait que les grandes thématiques (<em>La Maison des soleils</em> est un roman qui parle de génocide, d’intelligence artificielle, de la place de l’histoire et de la mémoire, de causalité, de responsabilité, de culpabilité et de pardon, de transhumanisme,&nbsp;…) sont trop nombreuses pour être traitées avec beaucoup de profondeur. Mais cela n’est pas gênant, ces «&nbsp;grandes questions&nbsp;» étant à leur juste place dans un roman, comme décor autour des personnages, qui sont le véritable cœur battant de l’intrigue, ce que beaucoup d’auteurs et d’autrices oublient. C’est pour moi la marque d’un grand roman de <em lang="en">hard-SF</em>, à qui l’on demande le beurre, l’argent du beurre et le reste, et qui parvient à les donner.</p>
<p>Un livre à lire absolument.</p>
<p style="text-align:right;">Alastair&nbsp;<span style="font-variant:small-caps;">Reynolds</span>, <em>La Maison des soleils</em>, trad. de l’anglais par&nbsp;Pierre&#8209;Paul&nbsp;Durastanti, Paris&nbsp;: Le&nbsp;Bélial, 2024 (<a href="https://belial.fr/legacy/a/alastair-reynolds/la-maison-des-soleils">site de l’éditeur</a>).</p>
<div class="barrenotes"><hr></div>
<p><a id="1"></a>1&nbsp;: Cette typologie est très critiquable, et la définition que j’en fais est personnelle. Très souvent, on fait la distinction entre une <em lang="en">hard-SF</em> qui se fonderait sur les sciences dites exactes et une <em lang="en">soft-SF</em> qui se fonderait plutôt sur les sciences humaines. Ça me semble une fausse distinction, et d’Asimov à Greg&nbsp;Egan, les sciences humaines ont toujours joué un grand rôle dans la bonne <em lang="en">hard-SF</em>.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p><a id="2"></a>2&nbsp;: Il y a sans doute ici une leçon à tirer sur les rapports entre «&nbsp;loi&nbsp;» et «&nbsp;liberté&nbsp;», qui me fait dire qu’une «&nbsp;bonne&nbsp;» hétéronomie est la condition de l’autonomie, et pas son contraire (et derrière «&nbsp;bonne hétéronomie&nbsp;», j’entends «&nbsp;théonomie&nbsp;», mais ça ça n’engage que moi). Mais on s’éloignerait trop du sujet du jour à aller par là.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>
<p><a id="3"></a>3&nbsp;: Dernier <em>en français</em>&nbsp;; l’édition originale est sortie en&nbsp;2008, et le prolifique gallois a publié une quinzaine de livres après celui-ci en anglais.&nbsp;<a href="#r3">⬏</a></p>
<p><a id="4"></a>4&nbsp;: Je concède ne pas avoir lu le livre, mais avoir beaucoup aimé le film, malgré son apologie un peu lourde d’une anthropologie néolibérale.&nbsp;<a href="#r4">⬏</a></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Groff, LaTeX, Haiku OS et la recherche d’une informatique plus sobre</title>
      <link>https://wald.ovh/~Emmanuel/2024-12-07-groff.html</link>
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      <pubDate>Sat, 07 Dec 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <description><![CDATA[<h1>Groff, LaTeX, Haiku&nbsp;OS et la recherche d’une informatique plus sobre</h1>
<p class="infopage">07/12/2024 | Catégories&nbsp; : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/informatique.html">Informatique</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/ecologie.html">Écologie</a></p>
<p>Que faites-vous au quotidien sur votre ordinateur&nbsp;? Si vous ne travaillez pas dans la production assistée par ordinateur et n’êtes pas informaticien·ne, l’essentiel de votre temps est probablement passé à lire, écrire (des courriels ou des messages sur les réseaux sociaux), écouter de la musique ou des podcasts et regarder des vidéos. Et, peut-être, jouer à des jeux-vidéos.</p>
<p>En somme, ce que vous faites sur votre ordi en 2024 ressemble quand même beaucoup à ce que vous faisiez (ou vos parents faisaient) en 2000, et en grande partie même en 1990. Ce qui a radicalement changé en 25&nbsp;ans, ce n’est pas ce pour quoi nous utilisons des ordinateurs, ce sont les technologies que nous utilisons pour le faire.</p>
<p>Et pour utiliser ces technologies plus récentes, même si nous faisons globalement la même chose avec, nous avons <em>besoin</em> d’utiliser des ordinateurs beaucoup plus puissants qu’à l’époque, et de plus en plus puissants. Essayez d’écouter de la musique tout en tapant un gros texte sur un traitement de texte avec un navigateur ouvert pour vérifier vos courriels et des informations pour votre texte avec un ordinateur d’il y a 20&nbsp;ans. Je suis à peu près sûr que vous allez jeter votre vieille tour par la fenêtre, poussé·e par la rage.</p>
<p>Alors, qu’est-ce qui a changé&nbsp;? Étions-nous plus patient·es en 2000 qu’en 2025&nbsp;? Je ne le pense pas. Je pense que la cause de cette augmentation des besoins en puissance de calcul de nos logiciels du quotidien est le fait que le prix des technologies s’est effondré. Pour donner un exemple, ramené à sa valeur de 2023, le prix du GFLOPS<sup><a href="#1" id="r1">1</a></sup> était d’un peu plus 1&#x202F;000&#x202F;$ en 2000&nbsp;; il n’est plus que de 0,001&#x202F;25&#x202F;$ en 2023. À quoi bon économiser une ressource presque gratuite&nbsp;?</p>
<p>Presque gratuite, oui, mais pour qui&nbsp;? Les ordinateurs sont moins chers aujourd’hui qu’il y a 20&nbsp;ans, mais ils restent une grosse dépense. Et là est tout l’enjeu&nbsp;: continuer à vendre. Le capitalisme a besoin de ça, il ne peut jamais répondre à un besoin car un·e consommateur·rice sans besoin ne consomme plus. D’où la <em lang="en">fast fashion</em>, l’obsolescence programmée, les changements marketing, la gadgétisation&nbsp;… il ne faut jamais que la frénésie d’achat s’arrête. Et en informatique, cela s’est traduit par la vente d’ordinateur toujours plus puissants, qui ont entraîné la sortie de logiciels toujours plus gourmands, qui ont rendu les anciens ordinateurs obsolètes, qui ont poussé à l’achat d’ordinateurs toujours plus puissants,&nbsp;… un cycle sans fin et délétère pour notre environnement et nos portemonnaies. Et tout ça, rappelons-le, pour faire la <em>même chose</em><a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>. Quel gâchis&nbsp;!</p>
<p>À quoi sert toute cette puissance de calcul supplémentaire alors&nbsp;? Pas à vous et moi. Prenons une page web normale. La page en elle-même demande très peu de puissance de calcul pour être affichée, mais au lieu d’être rédigée et hébergée avec des technologies simples qui font simplement leur travail, HTML, CSS et à la limite PHP, vous aurez des kilo- et des kilo-octets de scripts divers et variés, d’animations publicitaires et de trackers. Non seulement la page est plus lourde qu’il y a 20&nbsp;ans, mais ce qui a été rajouté est essentiellement là pour nous emmerder. À la place d’être des utilisateurs·rices, nous sommes devenus·es les utilisés·es. Et en réaction, beaucoup d’entre nous installent des protections, la plus connue (et sans doute la plus utile) étant <a href="https://ublockorigin.com/fr">uBlock&nbsp;Origin</a>, qui certes allègent les pages (et au-delà, rendent le web supportable, merci aux programmeurs·euses qui créent tout cela&nbsp;!), mais alourdissent les navigateurs.</p>
<p>Et pour résister à mon petit niveau à tout ça, depuis quelques années, je m’amuse<a href="#3" id="r3"><sup>3</sup></a> à tester les solutions informatiques les plus économes possibles. J’ai passé quelques jours presque uniquement dans la console, principalement sur un ordi où j’avais installé une Debian «&nbsp;<span lang="en">headless</span>&nbsp;» (c’est-à-dire sans interface graphique). Je tape ce site web depuis un simple éditeur de texte (généralement <a href="https://docs.xfce.org/apps/mousepad/start">Mousepad</a>, mais celui-ci en particulier est écrit sur <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Pe_(text_editor)">Pe</a>, et toujours <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/GNU_nano">Nano</a> pour la relecture), je le mets en ligne simplement avec la commande <code>scp</code>. J’ai essayé, sans grand succès je l’avoue, d’utiliser un gestionnaire de fenêtres par pavage («&nbsp;<span lang="en">tiling window manager</span>&nbsp;» ). Et je joue, dans des machines virtuelles, à limiter la puissance de mon ordi et faire tourner des systèmes d’exploitation alternatifs. Celui qui me plaît le plus est <a href="https://www.haiku-os.org">Haiku&nbsp;OS</a>.</p>
<p>Haiku&nbsp;OS n’est pas simplement un système d’exploitation léger, un des rares qui ne soient pas un UNIX (je n’ai rien contre UNIX, mais la différence est en soi attrayante). Haiku est à l’origine un clone de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/BeOS">BeOS</a>, donc il devrait logiquement tourner sur des machines de 2001 à condition de se limiter aux logiciels de l’époque. Mais c’est aussi un système en version bêta. S’il est possible de faire beaucoup de choses, tout n’est pas possible et, surtout, tout n’est pas optimisé. Néamoins, sa différence lui donne un grand charme. Ce n’est pas le genre de système qui reste en dehors de votre chemin, comme l’est, pour moi, <a href="https://manjaro.org">Manjaro</a> (mon principal système d’exploitation), mais c’est agréable de se prendre les pieds dans ce tapis en particulier (tant qu’on a un système plus fiable à côté, évidemment).</p>
<p>Il faut dire que je n’ai pas besoin d’une grande puissance de calcul. Je joue peu voire pas, et généralement quand je joue c’est aux jeux de mon adolescence, donc peu puissants. Je n’édite pas de vidéos, je n’utilise pas de logiciels particulièrement gourmands. Les deux logiciels qui prennent le plus de RAM sont mon navigateur web et mon traitement de texte. Pas de chance, ce sont aussi les deux plus utilisés (avec Thunderbird, qui est léger).</p>
<p>J’ai essayé de naviger surtout sur le <a href="https://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/index.html">smolweb</a> (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gemini_(protocole)">Gemini</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gopher">Gopher</a>), et d’utiliser des navigateurs plein-texte pour le WWW, comme <a href="https://lynx.invisible-island.net/">Lynx</a>, ou simplement des navigateurs sans Javascript. Mais je finis toujours par revenir à Firefox ou par désactiver NoScript&nbsp;; le smolweb est quand même assez limité niveau thématiques traitées, et le web «&nbsp;normal&nbsp;» est cassé, inutilisable sans script.</p>
<p>Niveau traitement de texte, j’ai eu plus de chance&nbsp;: j’ai de l’expérience en HTML et avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/LaTeX">LaTeX</a>, avec lequel j’ai rédigé mon plus gros et plus complexe document, ma thèse de doctorat. LaTeX est un langage de composition de documents&nbsp;; plutôt que d’avoir un traitement de texte qui affiche à l’écran directement ce que le texte imprimé ou le PDF donnera, nous avons un éditeur de texte qui affiche le texte et des balises de code qui permettent ensuite de créer un PDF mis en forme. Par exemple, si sur LibreOffice pour mettre le mot «&nbsp;fédération&nbsp;» en italique il faut prendre sa souris, mettre le mot en subrillance, et cliquer sur l’icone «&nbsp;italique&nbsp;»&nbsp;; avec LaTeX il suffit de taper <code>\emph{fédération}</code> (pour «&nbsp;<span lang="en"><strong>emph</strong>asis</span>&nbsp;»). Les doigts ne quittent pas le clavier, et l’ordinateur ne fait quasiment aucun calcul à la volée, et calcule tout d’un coup lorsqu'il rend le PDF. Je préfère de loin cette deuxième solution&nbsp;: on écrit en pensant au sens plutôt qu’au rendu esthétique, et sur une machine peu puissante on peut rédiger de très gros documents sans souci. LaTeX tournait ainsi sans souci sur ma machine moyenne gamme, j’ai pu passer de Windows à Linux pendant ma thèse sans perdre du temps à remettre ma thèse en page, et la qualité de la mise en page a été soulignée par le jury, alors que j’y avais passé moins de temps qu’un·e collègue qui utiliserait MS&nbsp;Word.</p>
<p>Sur Haiku, les choses se vivent différemment. Comme je l’ai dit, les limitations de ce système d’exploitation ne sont pas dues uniquement à la faible puissance que j’ai allouée à la machine virtuelle qui l’accueille, mais aussi au fait qu’il n’est pas terminé. Firefox n’y est tout simplement pas encore disponible, et les alternatives (<a href="https://www.haiku-os.org/docs/userguide/fr/applications/webpositive.html">WebPositive</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Falkon">Falkon</a> essentiellement) ne sont pas tout à fait au niveau<sup><a href="#4" id="r4">4</a></sup>. Ils m’obligent donc à naviguer autrement, un tout petit peu. Le smolweb y est par contre tout à fait accessible, notamment <em lang="la">via</em> le très beau navigateur <a href="https://gmi.skyjake.fi/lagrange/">Lagrange</a>.</p>
<p>En revanche, LaTeX et LibreOffice sont tous deux disponibles. J’avoue ne pas avoir eu trop besoin de tester LibreOffice, puisque je ne l’utilise que dans un cadre pro, et que pour ça je n’ai pas le loisir de tester des logiciels en bêta. Je voulais cependant voir si LaTeX fonctionnait&nbsp;; et la réponse est «&nbsp;oui, mais mal&nbsp;».</p>
<p>LaTeX a en effet un défaut&nbsp;: il est vraiment lourd. Une installation raisonnable prend au moins 3&nbsp;GB d’espace, plus si vous avez des besoins spécifiques<a href="#5" id="r5"><sup>5</sup></a>. Si l’on veut se protéger des aléas, une installation complète prendra plutôt 5&nbsp;GB. Au prix du GB aujourd’hui cela peut sembler dérisoire, mais ce que je pense de l’utilisation des GFLOPS «&nbsp;gratuits&nbsp;» vaut aussi pour les GB «&nbsp;gratuits&nbsp;». Et <em lang="la">a fortiori</em> dans une machine pensée pour être de petite taille. Et un document LaTeX avec des renvois, une table des matières,&nbsp;… exigera plusieurs compilations de suite, ce qui est assez lourd aussi en termes de puissance de calcul demandée.</p>
<p>En circulant sur les sites dédiés à Haiku pour voir ce que les gens faisaient pour utiliser confortablement LaTeX, j’ai découvert un tout autre langage pour créer des jolis PDF&nbsp;: <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roff_(langage_informatique)">Roff</a>.</p>
<p>Roff est exactement le genre de logiciels que j’ai appris à aimer&nbsp;: un truc qui date des années&nbsp;70, capable de très grandes choses déjà à l’époque mais qui a été oublié pour d’autres solutions plus «&nbsp;modernes&nbsp;» et qui n’a survécu que grâce à un usage de niche (ici, la mise en page des manuels UNIX). Roff, dans son implémentation GNU appelée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Groff_(langage)">Groff</a> existe dans les dépôts de Haiku et, lisai-je, fonctionne bien. J’ai donc décidé de l’essayer.</p>
<p>Mais la chose peut être démotivante. Groff, comme LaTeX, est tout un univers avec ses codes, son vocabulaire et son mode de fonctionnement. Comme LaTeX, pour un·e novice, la somme de choses à comprendre simplement pour savoir si c’est une solution pratiquable pour soi est énorme, surtout si l’on n’a pas une formation dans l’informatique, comme moi. Mais contrairement à LaTeX, il n’y a pas pour Groff de manuel pour apprendre à l’utiliser, juste une documentation, certes complète et bien faite, mais assez complexe de par sa complétude même.</p>
<p>Mais je me suis quand même lancé. En utilisant <a href="http://www.schaffter.ca/mom/">la série de macros appelée «&nbsp;mom&nbsp;»</a>. Et après quelques heures à tester ce système, je l’ai trouvé accessible, léger<a href="#6" id="r6"><sup>6</sup></a> et incroyablement puissant. Il permet de maîtriser la mise en page, la mise en forme, de collationner différents documents, de gérer les en-têtes et pieds-de-page, y compris recto verso, de mettre des titres, des liens, des notes de bas de page, marginales et de fin<a href="#7" id="r7"><sup>7</sup></a>, des tables (des matières, des figures,&nbsp;…), des équations,&nbsp;… Pour vous donner une idée du rendu, vous pouvez télécharger cet article mis en PDF <em lang="la">via</em> Groff et les macros Mom, en cliquant <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.pdf">ici</a> (et télécharger le code source et sa relative transparence en cliquant <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.mom">ici</a>&nbsp;; n’hésitez pas à ouvrir ce code source avec un éditeur de texte plutôt que votre navigateur qui risque de mal l’afficher).</p>
<div style="font-style:italic;text-align:center;margin-left:auto;margin-right:auto;width:75%;">
<img src="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.png" style="display:block;width:100%;margin-left:auto;margin-right:auto;">
<p>Un exemple d’organisation d’un écran seul pour taper du Groff</p>
</div>
<p>Voilà donc comment un logiciel des années&nbsp;70, considéré comme dépassé s’est révélé tout à fait utilisable en 2024. Certes, par certains côtés il est marqué par son époque (il gère assez mal l’Unicode, donc taper des lettres qui ne sont pas dans les alphabets d’Europe occidentale est assez complexe). Certes encore, il ne permet pas un niveau de contrôle équivalent à LaTeX. Mais si Groff continue à tenir ses promesses, il pourrait bien remplacer LibreOffice dans la majorité de mes usages, même professionnels, comme un mi-chemin entre LaTeX, puissant mais lourd, et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Markdown">Markdown</a>, léger mais insuffisant.</p>
<p>Et puisque la meilleure façon d’apprendre, c’est d’enseigner, et puisqu’il manquait à mon avis une ressource pour faire ses premiers pas avec Groff, j’ai décidé d’écrire un tutoriel pour (faire) découvrir Groff. Un truc assez basique, mais qui permettrait ensuite en naviguant dans la documentation, de maîtriser cet outil. Ce n’est pas encore tout à fait terminé, mais attendez-vous à voir une page «&nbsp;Groff&nbsp;» dans le <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/dico.html">dictionnaire de ce site</a> très bientôt&nbsp;!</p>
<div class="barrenotes"><hr></div>
<p><a id="1"></a>1&nbsp;: Le FLOPS est le nombre d’opérations en virgule flottante par seconde (de l’anglais <em lang="en">floating-point operations per second</em>), et donc, selon <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/FLOPS">Wikipédia</a> «&nbsp;une unité de mesure de la rapidité de calcul d'un système informatique&nbsp;». Exprimé en GFLOPS, il donne le nombre de <em>milliards</em> d’opérations en virgule flottante par seconde.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p><a id="2"></a>2&nbsp;: Les jeux-vidéos sont peut-être une exception, car l’expérience de jeu est réellement différente si on joue avec un ordinateur puissant, capable de faire tourner des jeux visuellement et ludiquement riches. Mais il y a de très bons jeux qui tournaient en 2000 (pour ne donner qu’un exemple, 2000 c’est l’année où <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Deus_Ex_(jeu_vid%C3%A9o)"><em lang="en">Deus&nbsp;Ex</em></a> est sorti), donc il y a fort à parier qu’on pourrait créer des jeux incroyables même en limitant drastiquement la puissance de calcul nécessaire, et les ordis «&nbsp;gamer&nbsp;» capables de faire tourner les derniers AAA sont de toute façon <em>déjà</em> un marché à part.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>
<p><a id="3"></a>3&nbsp;: Je m’amuse, car je n’en ai plus besoin, et je n’ai pas la prétention de croire que les «&nbsp;petits gestes&nbsp;» sont réellement efficaces. J’ai aussi bien conscience de mon privilège pour ne pas l’avoir toujours eu&nbsp;; j’en profite pour préciser que les critiques que je peux faire de l’informatique actuelle ne visent pas les utilisateurs·rices finaux·les, ni les professionnel·les de l’informatique, qui bien souvent n’ont pas d’autre choix.&nbsp;<a href="#r3">⬏</a></p>
<p><a id="4"></a>4&nbsp;: Pour être honnête, je n’ai jamais essayé Falkon en dehors de Haiku, je ne sais donc pas si les problèmes que j’y rencontre sont dus à Falkon ou à Haiku.&nbsp;<a href="#r4">⬏</a></p>
<p><a id="5"></a>5&nbsp;: Ça peut paraître beaucoup, mais c’est équivalent au dernier <a href="https://support.microsoft.com/fr-fr/topic/office-suites-for-individuals-and-families-4121881c-a319-41e8-8c42-230d17b44c43#bkmk_o24cons">Microsoft&nbsp;Office qui demande 4&nbsp;GB</a>.&nbsp;<a href="#r5">⬏</a></p>
<p><a id="6"></a>6&nbsp;: Une des grosses différences entre LaTeX et Groff est que le premier est un langage compilé là où le deuxième est un langage interprété. N’étant pas programmeur moi-même, je ne suis pas sûr de l’importance de la différence, mais je crois comprendre que ça a une grosse incidence sur la légèreté du second par rapport au premier.&nbsp;<a href="#r6">⬏</a></p>
<p><a id="7"></a>7&nbsp;: Même si utiliser les notes de fin dans un document fonctionnant par page devrait, sauf exception dûment justifiée, être puni de 5&nbsp;ans d’emprisonnement et 75&#x202F;000&#x202F;€ d’amende, m’est avis. Enfin, bref.&nbsp;<a href="#r7">⬏</a></p>]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h1>Groff, LaTeX, Haiku&nbsp;OS et la recherche d’une informatique plus sobre</h1>
<p class="infopage">07/12/2024 | Catégories&nbsp; : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/informatique.html">Informatique</a> & <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/ecologie.html">Écologie</a></p>
<p>Que faites-vous au quotidien sur votre ordinateur&nbsp;? Si vous ne travaillez pas dans la production assistée par ordinateur et n’êtes pas informaticien·ne, l’essentiel de votre temps est probablement passé à lire, écrire (des courriels ou des messages sur les réseaux sociaux), écouter de la musique ou des podcasts et regarder des vidéos. Et, peut-être, jouer à des jeux-vidéos.</p>
<p>En somme, ce que vous faites sur votre ordi en 2024 ressemble quand même beaucoup à ce que vous faisiez (ou vos parents faisaient) en 2000, et en grande partie même en 1990. Ce qui a radicalement changé en 25&nbsp;ans, ce n’est pas ce pour quoi nous utilisons des ordinateurs, ce sont les technologies que nous utilisons pour le faire.</p>
<p>Et pour utiliser ces technologies plus récentes, même si nous faisons globalement la même chose avec, nous avons <em>besoin</em> d’utiliser des ordinateurs beaucoup plus puissants qu’à l’époque, et de plus en plus puissants. Essayez d’écouter de la musique tout en tapant un gros texte sur un traitement de texte avec un navigateur ouvert pour vérifier vos courriels et des informations pour votre texte avec un ordinateur d’il y a 20&nbsp;ans. Je suis à peu près sûr que vous allez jeter votre vieille tour par la fenêtre, poussé·e par la rage.</p>
<p>Alors, qu’est-ce qui a changé&nbsp;? Étions-nous plus patient·es en 2000 qu’en 2025&nbsp;? Je ne le pense pas. Je pense que la cause de cette augmentation des besoins en puissance de calcul de nos logiciels du quotidien est le fait que le prix des technologies s’est effondré. Pour donner un exemple, ramené à sa valeur de 2023, le prix du GFLOPS<sup><a href="#1" id="r1">1</a></sup> était d’un peu plus 1&#x202F;000&#x202F;$ en 2000&nbsp;; il n’est plus que de 0,001&#x202F;25&#x202F;$ en 2023. À quoi bon économiser une ressource presque gratuite&nbsp;?</p>
<p>Presque gratuite, oui, mais pour qui&nbsp;? Les ordinateurs sont moins chers aujourd’hui qu’il y a 20&nbsp;ans, mais ils restent une grosse dépense. Et là est tout l’enjeu&nbsp;: continuer à vendre. Le capitalisme a besoin de ça, il ne peut jamais répondre à un besoin car un·e consommateur·rice sans besoin ne consomme plus. D’où la <em lang="en">fast fashion</em>, l’obsolescence programmée, les changements marketing, la gadgétisation&nbsp;… il ne faut jamais que la frénésie d’achat s’arrête. Et en informatique, cela s’est traduit par la vente d’ordinateur toujours plus puissants, qui ont entraîné la sortie de logiciels toujours plus gourmands, qui ont rendu les anciens ordinateurs obsolètes, qui ont poussé à l’achat d’ordinateurs toujours plus puissants,&nbsp;… un cycle sans fin et délétère pour notre environnement et nos portemonnaies. Et tout ça, rappelons-le, pour faire la <em>même chose</em><a href="#2" id="r2"><sup>2</sup></a>. Quel gâchis&nbsp;!</p>
<p>À quoi sert toute cette puissance de calcul supplémentaire alors&nbsp;? Pas à vous et moi. Prenons une page web normale. La page en elle-même demande très peu de puissance de calcul pour être affichée, mais au lieu d’être rédigée et hébergée avec des technologies simples qui font simplement leur travail, HTML, CSS et à la limite PHP, vous aurez des kilo- et des kilo-octets de scripts divers et variés, d’animations publicitaires et de trackers. Non seulement la page est plus lourde qu’il y a 20&nbsp;ans, mais ce qui a été rajouté est essentiellement là pour nous emmerder. À la place d’être des utilisateurs·rices, nous sommes devenus·es les utilisés·es. Et en réaction, beaucoup d’entre nous installent des protections, la plus connue (et sans doute la plus utile) étant <a href="https://ublockorigin.com/fr">uBlock&nbsp;Origin</a>, qui certes allègent les pages (et au-delà, rendent le web supportable, merci aux programmeurs·euses qui créent tout cela&nbsp;!), mais alourdissent les navigateurs.</p>
<p>Et pour résister à mon petit niveau à tout ça, depuis quelques années, je m’amuse<a href="#3" id="r3"><sup>3</sup></a> à tester les solutions informatiques les plus économes possibles. J’ai passé quelques jours presque uniquement dans la console, principalement sur un ordi où j’avais installé une Debian «&nbsp;<span lang="en">headless</span>&nbsp;» (c’est-à-dire sans interface graphique). Je tape ce site web depuis un simple éditeur de texte (généralement <a href="https://docs.xfce.org/apps/mousepad/start">Mousepad</a>, mais celui-ci en particulier est écrit sur <a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Pe_(text_editor)">Pe</a>, et toujours <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/GNU_nano">Nano</a> pour la relecture), je le mets en ligne simplement avec la commande <code>scp</code>. J’ai essayé, sans grand succès je l’avoue, d’utiliser un gestionnaire de fenêtres par pavage («&nbsp;<span lang="en">tiling window manager</span>&nbsp;» ). Et je joue, dans des machines virtuelles, à limiter la puissance de mon ordi et faire tourner des systèmes d’exploitation alternatifs. Celui qui me plaît le plus est <a href="https://www.haiku-os.org">Haiku&nbsp;OS</a>.</p>
<p>Haiku&nbsp;OS n’est pas simplement un système d’exploitation léger, un des rares qui ne soient pas un UNIX (je n’ai rien contre UNIX, mais la différence est en soi attrayante). Haiku est à l’origine un clone de <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/BeOS">BeOS</a>, donc il devrait logiquement tourner sur des machines de 2001 à condition de se limiter aux logiciels de l’époque. Mais c’est aussi un système en version bêta. S’il est possible de faire beaucoup de choses, tout n’est pas possible et, surtout, tout n’est pas optimisé. Néamoins, sa différence lui donne un grand charme. Ce n’est pas le genre de système qui reste en dehors de votre chemin, comme l’est, pour moi, <a href="https://manjaro.org">Manjaro</a> (mon principal système d’exploitation), mais c’est agréable de se prendre les pieds dans ce tapis en particulier (tant qu’on a un système plus fiable à côté, évidemment).</p>
<p>Il faut dire que je n’ai pas besoin d’une grande puissance de calcul. Je joue peu voire pas, et généralement quand je joue c’est aux jeux de mon adolescence, donc peu puissants. Je n’édite pas de vidéos, je n’utilise pas de logiciels particulièrement gourmands. Les deux logiciels qui prennent le plus de RAM sont mon navigateur web et mon traitement de texte. Pas de chance, ce sont aussi les deux plus utilisés (avec Thunderbird, qui est léger).</p>
<p>J’ai essayé de naviger surtout sur le <a href="https://ploum.net/gemini-le-protocole-du-slow-web/index.html">smolweb</a> (<a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gemini_(protocole)">Gemini</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Gopher">Gopher</a>), et d’utiliser des navigateurs plein-texte pour le WWW, comme <a href="https://lynx.invisible-island.net/">Lynx</a>, ou simplement des navigateurs sans Javascript. Mais je finis toujours par revenir à Firefox ou par désactiver NoScript&nbsp;; le smolweb est quand même assez limité niveau thématiques traitées, et le web «&nbsp;normal&nbsp;» est cassé, inutilisable sans script.</p>
<p>Niveau traitement de texte, j’ai eu plus de chance&nbsp;: j’ai de l’expérience en HTML et avec <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/LaTeX">LaTeX</a>, avec lequel j’ai rédigé mon plus gros et plus complexe document, ma thèse de doctorat. LaTeX est un langage de composition de documents&nbsp;; plutôt que d’avoir un traitement de texte qui affiche à l’écran directement ce que le texte imprimé ou le PDF donnera, nous avons un éditeur de texte qui affiche le texte et des balises de code qui permettent ensuite de créer un PDF mis en forme. Par exemple, si sur LibreOffice pour mettre le mot «&nbsp;fédération&nbsp;» en italique il faut prendre sa souris, mettre le mot en subrillance, et cliquer sur l’icone «&nbsp;italique&nbsp;»&nbsp;; avec LaTeX il suffit de taper <code>\emph{fédération}</code> (pour «&nbsp;<span lang="en"><strong>emph</strong>asis</span>&nbsp;»). Les doigts ne quittent pas le clavier, et l’ordinateur ne fait quasiment aucun calcul à la volée, et calcule tout d’un coup lorsqu'il rend le PDF. Je préfère de loin cette deuxième solution&nbsp;: on écrit en pensant au sens plutôt qu’au rendu esthétique, et sur une machine peu puissante on peut rédiger de très gros documents sans souci. LaTeX tournait ainsi sans souci sur ma machine moyenne gamme, j’ai pu passer de Windows à Linux pendant ma thèse sans perdre du temps à remettre ma thèse en page, et la qualité de la mise en page a été soulignée par le jury, alors que j’y avais passé moins de temps qu’un·e collègue qui utiliserait MS&nbsp;Word.</p>
<p>Sur Haiku, les choses se vivent différemment. Comme je l’ai dit, les limitations de ce système d’exploitation ne sont pas dues uniquement à la faible puissance que j’ai allouée à la machine virtuelle qui l’accueille, mais aussi au fait qu’il n’est pas terminé. Firefox n’y est tout simplement pas encore disponible, et les alternatives (<a href="https://www.haiku-os.org/docs/userguide/fr/applications/webpositive.html">WebPositive</a> et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Falkon">Falkon</a> essentiellement) ne sont pas tout à fait au niveau<sup><a href="#4" id="r4">4</a></sup>. Ils m’obligent donc à naviguer autrement, un tout petit peu. Le smolweb y est par contre tout à fait accessible, notamment <em lang="la">via</em> le très beau navigateur <a href="https://gmi.skyjake.fi/lagrange/">Lagrange</a>.</p>
<p>En revanche, LaTeX et LibreOffice sont tous deux disponibles. J’avoue ne pas avoir eu trop besoin de tester LibreOffice, puisque je ne l’utilise que dans un cadre pro, et que pour ça je n’ai pas le loisir de tester des logiciels en bêta. Je voulais cependant voir si LaTeX fonctionnait&nbsp;; et la réponse est «&nbsp;oui, mais mal&nbsp;».</p>
<p>LaTeX a en effet un défaut&nbsp;: il est vraiment lourd. Une installation raisonnable prend au moins 3&nbsp;GB d’espace, plus si vous avez des besoins spécifiques<a href="#5" id="r5"><sup>5</sup></a>. Si l’on veut se protéger des aléas, une installation complète prendra plutôt 5&nbsp;GB. Au prix du GB aujourd’hui cela peut sembler dérisoire, mais ce que je pense de l’utilisation des GFLOPS «&nbsp;gratuits&nbsp;» vaut aussi pour les GB «&nbsp;gratuits&nbsp;». Et <em lang="la">a fortiori</em> dans une machine pensée pour être de petite taille. Et un document LaTeX avec des renvois, une table des matières,&nbsp;… exigera plusieurs compilations de suite, ce qui est assez lourd aussi en termes de puissance de calcul demandée.</p>
<p>En circulant sur les sites dédiés à Haiku pour voir ce que les gens faisaient pour utiliser confortablement LaTeX, j’ai découvert un tout autre langage pour créer des jolis PDF&nbsp;: <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Roff_(langage_informatique)">Roff</a>.</p>
<p>Roff est exactement le genre de logiciels que j’ai appris à aimer&nbsp;: un truc qui date des années&nbsp;70, capable de très grandes choses déjà à l’époque mais qui a été oublié pour d’autres solutions plus «&nbsp;modernes&nbsp;» et qui n’a survécu que grâce à un usage de niche (ici, la mise en page des manuels UNIX). Roff, dans son implémentation GNU appelée <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Groff_(langage)">Groff</a> existe dans les dépôts de Haiku et, lisai-je, fonctionne bien. J’ai donc décidé de l’essayer.</p>
<p>Mais la chose peut être démotivante. Groff, comme LaTeX, est tout un univers avec ses codes, son vocabulaire et son mode de fonctionnement. Comme LaTeX, pour un·e novice, la somme de choses à comprendre simplement pour savoir si c’est une solution pratiquable pour soi est énorme, surtout si l’on n’a pas une formation dans l’informatique, comme moi. Mais contrairement à LaTeX, il n’y a pas pour Groff de manuel pour apprendre à l’utiliser, juste une documentation, certes complète et bien faite, mais assez complexe de par sa complétude même.</p>
<p>Mais je me suis quand même lancé. En utilisant <a href="http://www.schaffter.ca/mom/">la série de macros appelée «&nbsp;mom&nbsp;»</a>. Et après quelques heures à tester ce système, je l’ai trouvé accessible, léger<a href="#6" id="r6"><sup>6</sup></a> et incroyablement puissant. Il permet de maîtriser la mise en page, la mise en forme, de collationner différents documents, de gérer les en-têtes et pieds-de-page, y compris recto verso, de mettre des titres, des liens, des notes de bas de page, marginales et de fin<a href="#7" id="r7"><sup>7</sup></a>, des tables (des matières, des figures,&nbsp;…), des équations,&nbsp;… Pour vous donner une idée du rendu, vous pouvez télécharger cet article mis en PDF <em lang="la">via</em> Groff et les macros Mom, en cliquant <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.pdf">ici</a> (et télécharger le code source et sa relative transparence en cliquant <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.mom">ici</a>&nbsp;; n’hésitez pas à ouvrir ce code source avec un éditeur de texte plutôt que votre navigateur qui risque de mal l’afficher).</p>
<div style="font-style:italic;text-align:center;margin-left:auto;margin-right:auto;width:75%;">
<img src="https://wald.ovh/~Emmanuel/groff.png" style="display:block;width:100%;margin-left:auto;margin-right:auto;">
<p>Un exemple d’organisation d’un écran seul pour taper du Groff</p>
</div>
<p>Voilà donc comment un logiciel des années&nbsp;70, considéré comme dépassé s’est révélé tout à fait utilisable en 2024. Certes, par certains côtés il est marqué par son époque (il gère assez mal l’Unicode, donc taper des lettres qui ne sont pas dans les alphabets d’Europe occidentale est assez complexe). Certes encore, il ne permet pas un niveau de contrôle équivalent à LaTeX. Mais si Groff continue à tenir ses promesses, il pourrait bien remplacer LibreOffice dans la majorité de mes usages, même professionnels, comme un mi-chemin entre LaTeX, puissant mais lourd, et <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Markdown">Markdown</a>, léger mais insuffisant.</p>
<p>Et puisque la meilleure façon d’apprendre, c’est d’enseigner, et puisqu’il manquait à mon avis une ressource pour faire ses premiers pas avec Groff, j’ai décidé d’écrire un tutoriel pour (faire) découvrir Groff. Un truc assez basique, mais qui permettrait ensuite en naviguant dans la documentation, de maîtriser cet outil. Ce n’est pas encore tout à fait terminé, mais attendez-vous à voir une page «&nbsp;Groff&nbsp;» dans le <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/dico.html">dictionnaire de ce site</a> très bientôt&nbsp;!</p>
<div class="barrenotes"><hr></div>
<p><a id="1"></a>1&nbsp;: Le FLOPS est le nombre d’opérations en virgule flottante par seconde (de l’anglais <em lang="en">floating-point operations per second</em>), et donc, selon <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/FLOPS">Wikipédia</a> «&nbsp;une unité de mesure de la rapidité de calcul d'un système informatique&nbsp;». Exprimé en GFLOPS, il donne le nombre de <em>milliards</em> d’opérations en virgule flottante par seconde.&nbsp;<a href="#r1">⬏</a></p>
<p><a id="2"></a>2&nbsp;: Les jeux-vidéos sont peut-être une exception, car l’expérience de jeu est réellement différente si on joue avec un ordinateur puissant, capable de faire tourner des jeux visuellement et ludiquement riches. Mais il y a de très bons jeux qui tournaient en 2000 (pour ne donner qu’un exemple, 2000 c’est l’année où <a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Deus_Ex_(jeu_vid%C3%A9o)"><em lang="en">Deus&nbsp;Ex</em></a> est sorti), donc il y a fort à parier qu’on pourrait créer des jeux incroyables même en limitant drastiquement la puissance de calcul nécessaire, et les ordis «&nbsp;gamer&nbsp;» capables de faire tourner les derniers AAA sont de toute façon <em>déjà</em> un marché à part.&nbsp;<a href="#r2">⬏</a></p>
<p><a id="3"></a>3&nbsp;: Je m’amuse, car je n’en ai plus besoin, et je n’ai pas la prétention de croire que les «&nbsp;petits gestes&nbsp;» sont réellement efficaces. J’ai aussi bien conscience de mon privilège pour ne pas l’avoir toujours eu&nbsp;; j’en profite pour préciser que les critiques que je peux faire de l’informatique actuelle ne visent pas les utilisateurs·rices finaux·les, ni les professionnel·les de l’informatique, qui bien souvent n’ont pas d’autre choix.&nbsp;<a href="#r3">⬏</a></p>
<p><a id="4"></a>4&nbsp;: Pour être honnête, je n’ai jamais essayé Falkon en dehors de Haiku, je ne sais donc pas si les problèmes que j’y rencontre sont dus à Falkon ou à Haiku.&nbsp;<a href="#r4">⬏</a></p>
<p><a id="5"></a>5&nbsp;: Ça peut paraître beaucoup, mais c’est équivalent au dernier <a href="https://support.microsoft.com/fr-fr/topic/office-suites-for-individuals-and-families-4121881c-a319-41e8-8c42-230d17b44c43#bkmk_o24cons">Microsoft&nbsp;Office qui demande 4&nbsp;GB</a>.&nbsp;<a href="#r5">⬏</a></p>
<p><a id="6"></a>6&nbsp;: Une des grosses différences entre LaTeX et Groff est que le premier est un langage compilé là où le deuxième est un langage interprété. N’étant pas programmeur moi-même, je ne suis pas sûr de l’importance de la différence, mais je crois comprendre que ça a une grosse incidence sur la légèreté du second par rapport au premier.&nbsp;<a href="#r6">⬏</a></p>
<p><a id="7"></a>7&nbsp;: Même si utiliser les notes de fin dans un document fonctionnant par page devrait, sauf exception dûment justifiée, être puni de 5&nbsp;ans d’emprisonnement et 75&#x202F;000&#x202F;€ d’amende, m’est avis. Enfin, bref.&nbsp;<a href="#r7">⬏</a></p>]]></content:encoded>
    </item>
    <item>
      <title>Lancement du site</title>
      <link>https://wald.ovh/~Emmanuel/2024-08-30-lancement-du-site.html</link>
      <guid isPermaLink="true">https://wald.ovh/~Emmanuel/2024-08-30-lancement-du-site.html</guid>
      <pubDate>Fri, 30 Aug 2024 00:00:00 +0000</pubDate>
      <description><![CDATA[<h1>Lancement du site</h1>
<p class="infopage">30/08/2024 | Catégorie : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/actus.html">Actualités du site</a></p>
<p>Sans doute n’est-il pas tout-à-fait prêt, sans doute verra-t-il encore de nombreuses modifications avant d’être vraiment beau et pratique, et il faudra encore bien le remplir pour qu’il soit intéressant (quoi que, il y a déjà deux pages dans le <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/dico.html">dictionnaire</a> qui valent à mon avis la peine d’être lues), mais il faut bien commencer, alors le voilà, il est en ligne mon blog !</p>
<p>Si vous voulez mieux comprendre comment il sera organisé, vous pouvez lire la page « <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/apropos.html">à propos</a> ». Vous y trouverez aussi quelques infos sur votre serviteur. Et si vous avez déjà des commentaires à faire, vous y trouverez aussi moyen de me contacter !</p>
<p>Bonne visite !</p>]]></description>
      <content:encoded><![CDATA[<h1>Lancement du site</h1>
<p class="infopage">30/08/2024 | Catégorie : <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/actus.html">Actualités du site</a></p>
<p>Sans doute n’est-il pas tout-à-fait prêt, sans doute verra-t-il encore de nombreuses modifications avant d’être vraiment beau et pratique, et il faudra encore bien le remplir pour qu’il soit intéressant (quoi que, il y a déjà deux pages dans le <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/dico.html">dictionnaire</a> qui valent à mon avis la peine d’être lues), mais il faut bien commencer, alors le voilà, il est en ligne mon blog !</p>
<p>Si vous voulez mieux comprendre comment il sera organisé, vous pouvez lire la page « <a href="https://wald.ovh/~Emmanuel/apropos.html">à propos</a> ». Vous y trouverez aussi quelques infos sur votre serviteur. Et si vous avez déjà des commentaires à faire, vous y trouverez aussi moyen de me contacter !</p>
<p>Bonne visite !</p>]]></content:encoded>
    </item>
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